Empourpré des reflets du matin, son visage était plus rose que le ciel. Je ressentis devant elle ce désir de vivre qui renaît en nous chaque fois que nous prenons conscience de la beauté et du bonheur.
C’est ainsi que bâille d’avance d’ennui un lettré à qui on parle d’un nouveau «beau livre», parce qu’il imagine une sorte de composé de tous les beaux livres qu’il a lus, tandis qu’un beau livre est particulier, imprévisible, et n’est pas fait de la somme de tous les chefs-d’uvre précédents mais de quelque chose que s’être parfaitement assimilé cette somme, ne suffit nullement à faire trouver, car c’est justement en dehors d’elle. Dès qu’il a eu connaissance de cette nouvelle uvre, le lettré, tout à l’heure blasé, se sent de l’intérêt pour la réalité qu’elle dépeint. Telle, étrangère aux modèles de beauté que dessinait ma pensée quand je me trouvais seul, la belle fille me donna aussitôt le goût d’un certain bonheur (seule forme, toujours particulière, sous laquelle nous puissions connaître le goût du bonheur), d’un bonheur qui se réaliserait en vivant auprès d’elle.